Où on va, papa?

par Virginie Moret

publié dans Littérature française

Où on va, papa?
Jean-Louis Fournier
Août 2008
150 pages

4ème de couverture :
Jusqu à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ?
J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu ils font ? »
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.

Mon avis :

Ce roman est un concentré d'émotions et d'humour. Noir, forcément...

Jean-Louis Fournier a joué à la loterie de la génétique comme il aime à le dire, et il a perdu. Deux fois.

D'abord avec Mathieu, son premier fils, diagnostiqué handicapé après quelques mois, puis avec Thomas, son deuxième fils handicapé également. Comment le sort peut-il s'acharner autant sur une même personne? Telle est la question que se pose sans cesse le papa de ces deux petits garçons qui ne liront jamais Tintin, qui ne se marieront jamais, qui jamais ne feront d'études ou ne joueront du piano.

Jean-Louis Fournier ne sombre cependant pas dans la pitié ou le misérabilisme. Non, il a choisi l'humour comme arme ultime à ce coup du destin. Au début, on se demande si on peut rire d'une telle histoire. Et puis oui, finalement, pourquoi ne pas en rire ? L'impertinence de l'auteur nous y invite sans aucun malaise pour le lecteur.  

Un très beau roman, très court, qui permet de relativiser beaucoup de choses...

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Emilie 16/08/2012 13:11

Bravo pour ce blog très agréable et aussi d'avoir parlé de ce livre pour lequel j'ai une grande affection. Il m'avait beaucoup marquée lorsque je l'avais lu. Positivement et sans pathos. Comme
j'aime votre plume et vos avis, je me demandais s'il était possible de vous demander votre avis sur des livres que vous n'auriez pas spontanément sélectionnés ? D'ailleurs, comment choisissez-vous
vos livres ?
Très bonne continuation et lisez encore beaucoup pour nous.

Virginie 21/08/2012 09:22



C'est effectivement un formidable livre d'un auteur de talent.


Pour mes sélections de livres, ça dépend ! Je fréquente la blogosphère, bien sûr mais aussi amazon et fnac. Les critiques piochées dans les magazines. Et puis rien ne remplace l'ami ou le
collègue qui vous fait partager un coup de coeur ni la flânerie dans les allées des librairies lilloises ;-)



christian fontenay 03/12/2008 14:04

Je vous propose de découvrir mon propre article sur cette oeuvre pleine de vérité, à la fois pudique mais sans tabou aucun. avec ce lien : http://blogreporter.over-blog.fr/article-25388714.html
CF

émilie 25/11/2008 20:23

humour noir, grinçant. Que de douleur et de pudeur derrière ses rires. Un livre qui marque et fait réfléchir et qui dit tout haut ce qu'on pense parfois tout bas ... Se moquer du handicap est son privilège de père et il le fait très bien.

Virginie Moret 27/11/2008 10:18


Oui, je suis d'accord, c'est bien un livre qui marque. Je le conseille autour de moi à tout le monde !


Helene 29/10/2008 23:01

On dit que l'humour est "l'élégance du désespoir"... Une élégance tout en noir ! Maman d'une petite jeune fille handicapé, je l'ai lu ce "condensé" et forcément, il m'a touchée, en plein coeur, comme un coup de poing... Entre cocasse et tragique, violent et tendre, désespéré et drôle, provocant et pudique, oui, il y a un peu de tout cela dans nos vies... même si je me sens moins désespérée que JL. Fournier... ;o), et même si j'ai envie de lui dire qu'il n'a pas dû être si mauvais père...

Flora 28/10/2008 16:52

Je viens de finir ce petit récit, très sensible... J'aime bien ton commentaire, fidèle à l'esprit du livre de Fournier...

Virginie Moret 28/10/2008 21:58


Oui, c'est un bien beau roman que nous livre Jean-Louis fournier, que je découvre pour ma part. Et bienvenue sur mon blog !