Les gratitudes

publié dans Littérature française

Mon avis : 

 

Avec Delphine de Vigan, c'est un peu l'arlésienne : parfois ce sont de véritables coups de cœur, comme "Les loyautés", parfois c'est très mitigé. La lecture de son dernier roman me classe plutôt dans la seconde catégorie...

Michka vit seule chez elle. Elle est âgée, n'a plus beaucoup d'occupations ni beaucoup de visites. Mais surtout, elle se rend compte petit à petit qu'elle peine à trouver ses mots, elle qui fût pendant de nombreuses années correctrice dans un journal. Les pas se font moins assurés et l'autonomie remise en question.

Alors, plus le choix, il faudra se résoudre à partir en maison de retraite. Les journées deviennent rythmées par les séances d’orthophonie pour tenter de limiter les dégâts de l'avancée inéluctable de l’aphasie et les visites de Marie, son ancienne petite voisine.

C'est plein de bon sentiments (à la limite de la guimauve )et de bien-pensance à la pelle qui n'en font pas pour autant un livre émouvant. Au mieux, ce n'est pas désagréable à lire, bien que l'abondance des mots écorchés par Michka pour matérialiser sa perte de mémoire peuvent finir par lasser...

 

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Les furies

publié dans Littérature étrangère

Mon avis :  5.gif

Les furies, dont le titre français n'a bizarrement gardé qu'une moitié du titre original ("Fates and Furies" - Fortunes et Furies) a été désigné par Barack Obama comme son roman préféré de 2015. Je ne sais pas si cela sera mon roman préféré de l'année 2019, mais une chose est certaine : j'ai adoré !

Et pourtant, pendant la première partie du roman (celui-ci est divisé en deux parties distinctes), je n'ai pas été époustouflée. C'est laborieux, parfois vide de contenu quand il est question des soirées à répétition et de cette pseudo-insouciance. Tout prend sens dans la seconde partie. Lancelot et Mathilde sont en couple depuis la fin de leurs études. Alors que la première partie était racontée avec l'angle de vue de Lancelot, dit Lotto, la seconde partie reprend la même histoire mais avec la vision de Mathilde, restée dans l'ombre de son mari devenu un célèbre dramaturge.

On suit l'évolution de ce couple hors norme, aux allures de héros de tragédie grecque. On se doute que derrière ce tableau de couple à qui tout réussi, il y a des failles, des blessures. C'est intelligent, foisonnant et bien écrit (une écriture cependant qu'on peut qualifier de "moderne"). Un thème pourtant largement traité en littérature mais qui pour le coup ne donne pas d'impression de déjà lu.

Un roman qui ne se laisse peut-être pas approcher très facilement mais qui vaut largement la peine d'être dompté. Une fois la dernière page tournée, l'histoire de ce couple raisonne encore longtemps, signe pour mois d'un livre puissant.

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La vraie vie

publié dans Littérature française

Mon avis :  4-5.gif

S'il y a un roman de la rentrée littéraire dont on entend beaucoup parler, c'est bien celui-ci...

5 jours après l'avoir refermé, je suis encore saisie par cette lecture pour le moins déroutante. Déroutante, car pendant un bon tiers du livre, je me suis dit que ce n'était pas si extraordinaire qu'on voulait bien le dire, aussi bien par le style littéraire, somme toute assez banal (en apparence) que par son histoire. Et puis, au fil des pages on se dit que si, il y a un truc qui accroche, sans trop savoir ni comprendre où l'auteur veut nous mener.

Au début du roman, la narratrice est une fillette de 10 ans qui vit avec son petit frère de 6 ans dans un pavillon année 70 comme il en existe plein d'autres. Autour d'eux, le père, fan de chasse au gros gibier, de whisky et de télé et la mère, sorte d’ectoplasme insignifiant.

Un jour, un événement va venir bouleverser la vie de la fillette et de son frère (mais je vous laisse découvrir car franchement, ça vaut le détour). Le petit garçon en sortira profondément choqué et sa sœur décidera de tout faire pour essayer de remonter le temps façon retour vers le futur avec la naïveté de ses 10 ans.  

Cette petite fille que nous suivons pendant 5 années, tentera de rendre la vie de cette famille plus légère mais la monstruosité rode sans cesse autour d'elle.Le lecteur s'enfonce alors petit à petit dans cet espèce de conte mêlant la peur et l'espoir en se prenant des gifles là où il ne l'attend pas, le tout agrémenté d'un humour typiquement belge. 

Très court texte (mais quand même pas aussi court que sa compatriote Amélie Nothomb) en forme d'uppercut.

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Le cri

publié dans Romans policiers

Mon avis :  undefined

 

Bon, tout ça pour ça...A grands renforts de battage médiatique, ce thriller était annoncé comme THE livre à ne pas manquer.

Tout démarre pourtant très bien : un patient d'un hôpital psychiatrique d'Oslo est retrouvé mort dans sa cellule, dans des circonstances qui laissent très vite perplexe l'inspectrice en charge de l'affaire. Les témoignages ne concordent pas, le corps a été déplacé...Bref, même si c'est un peu cliché, on se laisse facilement embarquer dans ce roman.

C'est après que les choses se corsent : des rebondissements à n'en plus finir, du complot familiale avec en toile de fond la CIA et ses expériences secrètes...Le tout à un rythme effréné pas franchement crédible. Je passe sous silence les passages romantiques, qui sont ultra artificiels.

Alors oui, ça se lit bien, c'est très visuel, ce n'est pas désagréable, mais on a très vite envie de passer à autre chose.

 

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Trois saisons d'orage

publié dans Littérature française

Mon avis :  5.gif

 

Nous sommes en France, au milieu du 20ème siècle, dans un endroit jamais nommé, si ce n'est que le paysage qui sert de décors comprend trois falaises, surnommées "les Trois gueules". Ici, la nature est reine et les hommes savent qu'ils doivent toujours se méfier de ce qu'elle leur réserve.

Parmi ces habitants, il y a André, le médecin, qui a choisi de s'installer là, pour fuir la ville, entre autres et qui soignera les "fourmis blanches" qui exploitent les carrières. Son fils prendra petit à petit sa succession. Et puis il y a l'autre famille, celle de paysans, mais dont les enfants vont se lier d'amitié. Nous suivrons ainsi 3 générations et 2 familles. 

Si je ne devais retenir qu'une chose de ce roman, ça serait avant tout l'écriture magistrale de Cécile Coulon ! Subtile, juste et intense. Et je trouve que c'est plutôt rare dans la littérature actuelle de tomber sur ce genre de roman...

On ressent comme une sorte d'envoûtement pages après pages. Le lecteur perçoit qu'il va se passer quelques choses, sans pour autant se douter de où le drame va arriver.

 

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Un certain M.Piekielny

Mon avis :  4-5.gif  

 

A l'occasion d'un voyage à Vilnius, l'auteur se souvient d'un célèbre passage extrait de "La Promesse de l'Aube" de Romain Gary :

"Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M.Piekielny..."

Pourquoi cette phrase l'a autant marquée ? Et bien parce que c'est justement le chapitre 7 de "La promesse de l'aube" dont est extraite cette phrase qui lui a permis d'obtenir une note remarquable au bac français, lui qui n'avait lu qu'un seul livre de sa liste imposée, celui de Romain Gary.

Mais qui était ce fameux M.Piekielny évoqué dans l'autobiographie de Gary? Ce personnage a-t-il réellement existé? Tel un jeu de piste littéraire et historique, F.H Désérable se lance dans l'aventure, à la recherche du "vrai". Autant je me suis pas mal ennuyée à la lecture du roman de Gary, autant j'ai trouvé le livre de Désérable purement jubilatoire (et du coup il m'a donné envie de relire Gary..)

Je me suis quand même demandée avant de commencer ce roman comment on pouvait faire tenir une histoire sur un si petit point de départ, mais preuve est faite que ça vaut largement le coup de se laisser embarquer. Des chapitres courts, rythmés et des digressions pleines d'humour.

F.H Désérable est sur la liste des finalistes pour le prix Goncourt pour ce roman. Aura-t-il le même destin que son héros Romain Gary? Réponse le 7 novembre...

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Son frère

publié dans Littérature française

Mon avis :  4-5.gif

 

Philippe Besson, c'est devenu depuis quelques temps mon addiction littéraire. Une écriture simple et accessible pour traiter de sujets profonds, toujours avec le ton juste. Un vrai grand talent !

"Son frère", c'est le récit d'une terrible lutte contre la mort, celle du jeune Thomas.

Atteint d'une maladie incurable, il se sait condamné à une mort très proche. Les quelques mois qu'il lui reste à vivre, Thomas décide de les passer aux côtés de son frère, Lucas, dans leur maison familiale de l'île de Ré. L'amour fraternel s'y révèle dans toute sa complexité et dans toute sa puissance.

L'auteur ne nous épargne rien des souffrances de Thomas. Mais là où nous aurions pu tomber dans un récit glauque, Philippe Besson manie la plume à la perfection, tel un funambule, pour toujours rester à la lisière du voyeurisme.

Philippe Besson sait évidemment très bien parler de l'amour une fois encore, mais il parle tout aussi bien de la mort, surtout lorsque celle-ci frappe si injustement.

 

Thomas meurt. Thomas accepte de mourir. C'est ici dans la maison de Saint-Clément, la maison de l'enfance, qu'il choisit d'attendre de mourir. Je suis près de lui. C'est encore l'été. J'ignorais qu'on pouvait mourir en été.
Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu'il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation, que c'est seulement ainsi qu'elle pouvait se sentir sur son terrain. Je découvre qu'elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière. Je songe que Thomas l'accueillera en pleine lumière.

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L'intérêt de l'enfant

par Virginie

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Voilà une très belle et interpellante histoire que nous relate Ian McEwan.

Une juge aux affaires familiales de 59 ans est amenée à se prononcer dans une délicate affaire : un jeune homme de presque 18 ans (le presque aura une incidence majeure dans le choix qui sera fait) est atteint d'une leucémie à un stade très avancée. Pour le sauver, une seule solution de l'avis des médecins : la transfusion sanguine.

Cependant, le jeune Adam est membre des Témoins de Jéhovah et dans sa religion, la transfusion est interdite. Ses parents s'y opposent donc, quitte à risquer la mort de leur fils dans d'atroces souffrances...

La juge, Fiona, saisie par l'hôpital, a 48h pour trancher. Elle se rend alors au chevet du malade pour se forger sa propre opinion.

Le sujet est traité avec une certaine distance et froideur "technique" sur le côté juridique mais ce n'est pas pour autant que le roman n'est pas dénué d'émotion.

Quand la déontologie se mêle aux sentiments, ce n'est jamais très bon. Et ce n'est parfois qu'en prenant du recul qu'on se rend compte que le choix fait n'était probablement pas le bon.

Un roman qui sonne juste et dans lequel on se laisse littéralement embarquer !

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Un homme accidentel

Mon avis :  4-5.gif

 

Philippe Besson est en passe de devenir mon auteur chouchou ! C'est en tout cas MA révélation de l'année depuis le fabuleux "Arrête avec tes mensonges".

Deux hommes que tout sépare (car oui, il est encore question d'histoires d'hommes) se retrouvent réunis par un meurtre. L'un est un flic marié sans histoire, l'autre est une étoile montante du cinéma. La victime, elle, est un jeune prostitué. 

Dès les premières lignes, le lecteur sait qu'un tragique compte à rebours vient de commencer, reste à savoir comment tout cela a pu avoir lieu..."J'ai attendu d'avoir 30 ans pour que la foudre me tombe dessus [...] Aujourd'hui, je me mettrais à genoux et j'implorerais d'être foudroyé à nouveau".Telles sont les premières lignes du roman. Puis tout va aller très vite et plus personne ne maîtrisera rien de la situation. Plaisir de la chair, passion dévorante, manque cruel, rien ne sera épargné.

Philippe Besson a une façon bien à lui de traiter des maux de l'âme, avec des phrases simples, sans fioriture. Il est certes question une nouvelle fois d'homosexualité, mais ce qu'il décrit est finalement très universel. Je me demande à chaque fois comment il se débrouille pour que cela fonctionne aussi bien. La marque d'un auteur de talent, très probablement.

 

J'essaie d'apprendre à vivre sans lui. Chaque jour, j'essaie.
Je vous jure que j'essaie. Je n'y arrive pas.

Je n'ai pas oublié la route du dimanche soir, le silence épais entre Jack et moi dans la voiture filant à toute allure, le silence d'avant les séparations. Celui de l'aller était plein de promesses, de désirs, de peur, de soleil. Celui du retour était saturé de nuit, de regrets, de dangers. L'océan figurait une masse noire et hostile. Les villes traversées portaient le souvenir des heures qui avaient précédé les étreintes. Les miles avalés nous ramenaient à la vie d'avant. Ce qui nous attendaient nous déplaisait confusément même si ce qui nous attendait, aucun de nous n'osait mettre des mots dessus.

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Une vie

Mon avis : 

 

Simone Veil est décédée le mois dernier, à l'âge de 89 ans. Tout le monde connait d'elle son passé de juive déportée et sa loi sur l'avortement. Une grande dame, assurément.

Si vous avez envie d'en découvrir un peu plus sur elle, je vous conseille vivement son autobiographie.

En toute simplicité et avec une certaine pudeur, Simone Veil nous relate sa vie au destin hors norme, enfin plutôt une partie de sa vie. En effet, il n'est que très peu question d'intime mais plutôt des étapes marquantes de sa vie d'un point de vue professionnel.

La première partie sur sa détention en camp de concentration reste la plus émouvante, comme d'ailleurs la plupart des récits sur ce moment si particulier de l'histoire.

Vient ensuite la partie sur sa carrière et son ascension professionnelle dans un monde politique d'hommes. Parce qu'il fallait des femmes au gouvernement (ces fameux quotas...), elle se retrouve propulsée Ministre de la santé sous Giscard (alors que quelques semaines plus tôt elle rechignait à voter pour lui...).

La suite, on la connait. Mais j'ai particulièrement apprécié sa vision de la politique de l'époque et on se dit qu'elle a du faire preuve d'un énorme sang-froid et d'une grande opiniâtreté pour réussir à défendre ses idées...

La partie sur son expérience européenne est celle qui m'a le moins intéressée, probablement par manque de connaissances sur le sujet.

Mais qu'importe, on arrive à suivre et à glaner quelques précieuses réflexions. A lire et à offrir !

 

Un mot encore, à propos de la discrimination positive. Il est inutile de la proclamer à son de trompe. Il est préférable de la pratiquer. Nul besoin pour cela d'employer de grands mots, qui ne peuvent qu'ameuter les idéologues de l'égalitarisme républicain, non plus que de débattre de quotas sur lesquels personne ne s'accordera. [...] Pendant qu'on fait des ronds de jambe sur la parité, je suis bien obligée de constater qu'il n'y a plus que deux femmes, sur neuf, membres du Conseil constitutionnel. "De mon temps", comme on dit, nous étions trois.

Une vieUne vie

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