L'intérêt de l'enfant

par Virginie

Mon avis : 

 

Voilà une très belle et interpellante histoire que nous relate Ian McEwan.

Une juge aux affaires familiales de 59 ans est amenée à se prononcer dans une délicate affaire : un jeune homme de presque 18 ans (le presque aura une incidence majeure dans le choix qui sera fait) est atteint d'une leucémie à un stade très avancée. Pour le sauver, une seule solution de l'avis des médecins : la transfusion sanguine.

Cependant, le jeune Adam est membre des Témoins de Jéhovah et dans sa religion, la transfusion est interdite. Ses parents s'y opposent donc, quitte à risquer la mort de leur fils dans d'atroces souffrances...

La juge, Fiona, saisie par l'hôpital, a 48h pour trancher. Elle se rend alors au chevet du malade pour se forger sa propre opinion.

Le sujet est traité avec une certaine distance et froideur "technique" sur le côté juridique mais ce n'est pas pour autant que le roman n'est pas dénué d'émotion.

Quand la déontologie se mêle aux sentiments, ce n'est jamais très bon. Et ce n'est parfois qu'en prenant du recul qu'on se rend compte que le choix fait n'était probablement pas le bon.

Un roman qui sonne juste et dans lequel on se laisse littéralement embarquer !

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Un homme accidentel

Mon avis :  4-5.gif

 

Philippe Besson est en passe de devenir mon auteur chouchou ! C'est en tout cas MA révélation de l'année depuis le fabuleux "Arrête avec tes mensonges".

Deux hommes que tout sépare (car oui, il est encore question d'histoires d'hommes) se retrouvent réunis par un meurtre. L'un est un flic marié sans histoire, l'autre est une étoile montante du cinéma. La victime, elle, est un jeune prostitué. 

Dès les premières lignes, le lecteur sait qu'un tragique compte à rebours vient de commencer, reste à savoir comment tout cela a pu avoir lieu..."J'ai attendu d'avoir 30 ans pour que la foudre me tombe dessus [...] Aujourd'hui, je me mettrais à genoux et j'implorerais d'être foudroyé à nouveau".Telles sont les premières lignes du roman. Puis tout va aller très vite et plus personne ne maîtrisera rien de la situation. Plaisir de la chair, passion dévorante, manque cruel, rien ne sera épargné.

Philippe Besson a une façon bien à lui de traiter des maux de l'âme, avec des phrases simples, sans fioriture. Il est certes question une nouvelle fois d'homosexualité, mais ce qu'il décrit est finalement très universel. Je me demande à chaque fois comment il se débrouille pour que cela fonctionne aussi bien. La marque d'un auteur de talent, très probablement.

 

J'essaie d'apprendre à vivre sans lui. Chaque jour, j'essaie.
Je vous jure que j'essaie. Je n'y arrive pas.

Je n'ai pas oublié la route du dimanche soir, le silence épais entre Jack et moi dans la voiture filant à toute allure, le silence d'avant les séparations. Celui de l'aller était plein de promesses, de désirs, de peur, de soleil. Celui du retour était saturé de nuit, de regrets, de dangers. L'océan figurait une masse noire et hostile. Les villes traversées portaient le souvenir des heures qui avaient précédé les étreintes. Les miles avalés nous ramenaient à la vie d'avant. Ce qui nous attendaient nous déplaisait confusément même si ce qui nous attendait, aucun de nous n'osait mettre des mots dessus.

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Une vie

Mon avis : 

 

Simone Veil est décédée le mois dernier, à l'âge de 89 ans. Tout le monde connait d'elle son passé de juive déportée et sa loi sur l'avortement. Une grande dame, assurément.

Si vous avez envie d'en découvrir un peu plus sur elle, je vous conseille vivement son autobiographie.

En toute simplicité et avec une certaine pudeur, Simone Veil nous relate sa vie au destin hors norme, enfin plutôt une partie de sa vie. En effet, il n'est que très peu question d'intime mais plutôt des étapes marquantes de sa vie d'un point de vue professionnel.

La première partie sur sa détention en camp de concentration reste la plus émouvante, comme d'ailleurs la plupart des récits sur ce moment si particulier de l'histoire.

Vient ensuite la partie sur sa carrière et son ascension professionnelle dans un monde politique d'hommes. Parce qu'il fallait des femmes au gouvernement (ces fameux quotas...), elle se retrouve propulsée Ministre de la santé sous Giscard (alors que quelques semaines plus tôt elle rechignait à voter pour lui...).

La suite, on la connait. Mais j'ai particulièrement apprécié sa vision de la politique de l'époque et on se dit qu'elle a du faire preuve d'un énorme sang-froid et d'une grande opiniâtreté pour réussir à défendre ses idées...

La partie sur son expérience européenne est celle qui m'a le moins intéressée, probablement par manque de connaissances sur le sujet.

Mais qu'importe, on arrive à suivre et à glaner quelques précieuses réflexions. A lire et à offrir !

 

Un mot encore, à propos de la discrimination positive. Il est inutile de la proclamer à son de trompe. Il est préférable de la pratiquer. Nul besoin pour cela d'employer de grands mots, qui ne peuvent qu'ameuter les idéologues de l'égalitarisme républicain, non plus que de débattre de quotas sur lesquels personne ne s'accordera. [...] Pendant qu'on fait des ronds de jambe sur la parité, je suis bien obligée de constater qu'il n'y a plus que deux femmes, sur neuf, membres du Conseil constitutionnel. "De mon temps", comme on dit, nous étions trois.

Une vieUne vie

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L'homme qui s'envola

par Virginie

Mon avis : 3-5-copie-1.gif

Et si vous plaquiez tout du jour au lendemain pour recommencer votre vie ailleurs ? C'est ce qu'imagine Antoine Bello au travers de son personnage, Walker.

Walker a tout pour être heureux : une jolie famille, une entreprise florissante qu'il dirige d'une main de maître au Nouveau Mexique, beaucoup d'argent. Mais Walker en a marre. Marre de ne pas avoir une minute à lui, marre d'être toujours porté dans ce tourbillon. Etrange dilemme que de se dire que ceux qu'on aime le plus au monde sont pourtant la cause de cette lassitude et de cette perte de liberté.

Alors, il va tout plaquer. Mais pas n'importe comment : il va organiser sa propre mort. C'est ce qu'il a trouvé de mieux pour épargner les siens, une simple "fuite" ne serait de toute façon pas comprise.

Mais c'est sans compter sur le redoutable détective Nick Shepered qui est convaincu que Walker est toujours vivant. Pour Walker qui avait l'habitude de toujours tout planifier et organiser, rien ne va se passer comme prévu...

Un très bon page turner rythmé par des chapitres courts faisant entendre les voix des 3 personnages principaux. 

C'est très agréable à lire, sans une minute d'ennui, mais il a manqué pour moi ce "petit truc" pour le faire pencher dans la catégorie "coup de coeur". Je note cependant que le titre est particulièrement bien choisi !

 

 

L’argent, Walker s’en foutait. Il en avait plus qu’assez. La vraie richesse, le seul bien qui ne s’achetait pas, c’était le temps. Il savait où passait chaque seconde de ce précieux combustible et cherchait constamment des façons d’en tirer un meilleur rendement

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Arrête avec tes mensonges

par Virginie

Mon avis : 5.gif

Lorsque 2 mois après une lecture, les mots et l'histoire vous hantent encore, c'est que forcément, ce roman vaut le détour !

Et c'est le cas pour ce roman extrêmement touchant de Philippe Besson. Un véritable coup de coeur.

Arrête avec tes mensonges, c'est avant tout un livre confession et très personnel puisque le héros est Philippe Besson lui-même. Pour ceux qui ont lu toute son oeuvre, il paraît que cela apporte un réel éclairage sur celle-ci. Pour ceux qui comme moi commencent (presque) la découverte cet auteur, c'est évidemment une invitation à découvrir tout le reste, pour peut-être relire celui-là ensuite.

L'histoire commence en 2007, à Bordeaux, dans un hall d'hôtel. Alors qu'il est interviewé par une journaliste à propos de son dernier roman, il voit passer un jeune homme qu'il croit reconnaître, même si c'est impossible que ce soit lui. Point de départ de l'histoire et flash back 20 ans en arrière. Philippe a alors 17 ans, il est dans un lycée de province. Elève brillant mais réservé. On dit de lui qu'il ira loin, mais on dit aussi de lui qu'il préfère les garçons...

Alors, lorsque dans la cour il remarque un jeune homme au regard sombre, Thomas, il ne veut pas qu'on remarque qu'il s'intéresse à lui. Dans cette France des années 80, dans cette petite ville de province. Impossible. Et pourtant...

L'histoire d'une passion dévorante qui prend aux tripes. A lire de toute urgence !

 

Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.
Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

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Little Brother

par Virginie

publié dans Littérature française

Mon avis : 3-5-copie-1.gif

Pour changer des lectures romanesques classiques, voici un petit ouvrage du célèbre philosophe Raphaël Enthoven.

Adepte de ses chroniques télé ou radio, je me suis laissée tenter par son dernier ouvrage, "Little Brother".

Au travers d'une trentaine de très courts chapitres, l'auteur aborde des sujets du quotidien contemporains et les élève sous l'angle de la réflexion philosophique. 

Entre autres réflexions, nous avons droit aux fameux selfies (et sa truculente comparaison aux nains de jardins. A lire !), la "prière du soir" autour du 20h télévisuel à l'heure où l'information est finalement désormais disponible à tout moment ou encore la notion de voisins vigilants et le vivre ensemble. Le "Big Brother" est révolu, nous sommes désormais à l'ère du "Little Brother" où tout le monde surveille tout le monde, sous prétexte que nous vivrons mieux ensemble ainsi. Une intéressante réflexion également sur le célèbre "hashtag" qui a envahi notre quotidien.

Une lecture très intéressante, hyper accessible et qui amène forcément à la réflexion.

Le seul bémol, et qu'on ne découvre qu'à la fin, c'est que cet ouvrage n'est finalement que la compilation d'articles parus dans "Philosophie Magazine"...

Mais pour reprendre une citation de George Orwell dans 1984, "dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire". Alors, on lui pardonne ?

Sitôt qu'un syntagme porte avec lui l'espoir d'être repris, il se voit flanqué, comme d'un sac à dos, du petit #croisillon démultiplicateur qui permet d'identifier et d'agglomérer des contenus identiques...Il en résulte des phrases illisibles dont un #mot sur #deux a #quatre #barres plantées dans le #dos

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Le Bureau des Jardins et des Etangs

par Virginie

publié dans Littérature française

Mon avis :  3-5-copie-1.gif

Nous sommes au 12ème siècle, au Japon. Katsuro est un pêcheur de carpes reconnu de tous et à ce titre, il est un fournisseur prisé des étangs sacrés de la cité impériale. Il entreprend régulièrement le périlleux voyage vers Héjankyo pour livrer les précieux poissons. Mais lors de sa dernière pêche, Katsuro meurt, noyé.

C'est alors Miyuki, sa jeune épouse, qui va effectuer cette livraison, afin de sauvez l'honneur et la réputation de son village. Elle s'engage dans ce périple, cheminant courageusement vers la cité impériale. Un chemin semé d'embûches, de mauvaises rencontres et de difficultés diverses et variées.

Pour l'aider dans son avancée, l'ombre de son mari et les heureux souvenirs.

Ce roman est extrêmement dépaysant, pour nous occidentaux, malgré je trouve quelques longueurs. 

 

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Un fils parfait

Mon avis : 5.gif

Maxime est le fils unique d'Elise. Et il a toutes les allures du fils parfait : brillantes études, excellente carrière, physique avenant, famille modèle...

Daphné, sa femme, va cependant découvrir une faille de taille dans ce tableau parfait : son mari se livrerait à des pratiques incestueuses sur leurs deux filles. L'horreur absolue.

Au travers d'une lettre écrite à sa belle-mère, elle relate les faits et l'enchaînement des circonstances. On découvre alors avec stupeur que là où elle pensait que les choses allaient être simples, rien ne se passe comme prévu ! La machine judiciaire va agir sur elle telle un rouleau compresseur. Le coupable se trouve traité en victime et tout se met en place pour se retourner contre elle, au détriment de ses filles...

Ce roman est inspiré d'une histoire vraie, et c'est ce qui porte le plus à réfléchir. Le thème n'est évidemment pas facile, mais le talent narratif de Mathieu Ménégaux est indéniable.

Un livre lu d'une traite, avec avidité, avec une fin particulièrement réussie. Je le conseille vivement !

 

 

 

 

 

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Petit pays

publié dans Littérature française

Mon avis : undefined

Le petit pays dont parle Gaël Faye, c'est le Burundi. L'histoire qui nous est contée, c'est celle de la bascule d'une vie tranquille, faite de rire et d'insouciance vers la guerre civile et le chaos.

En 1993, le coup d'Etat et l'assassinat du président marquent le début de cette période.

Au travers des yeux d'un enfant de 10 ans, l'auteur nous relate les faits. Les Hutu, les Tutsis, le génocide Rwandais...

Tout cela pourrait fournir les éléments d'un formidable roman, mais pour ma part, je n'ai pas vraiment accroché. Le style, l'écriture, le point de vue de l'enfant...Rien, nada, pas d'émotion et plus que tout, je me suis ennuyée ferme pendant une bonne partie du roman, ce qui est un comble étant donné le faible nombre de pages...

Le roman a tout de même eu le mérite de me faire lire quelques documents annexes sur l'histoire de ce "petit pays" car même si nous avons  en mémoire les titres des informations de l'époque sur le sujet, il est clair que tout cela peut paraître bien lointain..

Généralement, je ne suis pas déçue par le prix Goncourt des lycéens. Cette fois-ci aura donc été une exception !

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Montrez-moi vos mains

publié dans Littérature française

Mon avis :  5.gif

Quand un artiste que j'apprécie particulièrement prend la plume pour la première fois, évidemment, je ne peux pas résister ! Et j'ai bien fait.

On ne choisit pas ce genre d'essai pour ses qualités littéraires (quoique pour le coup, c'est plutôt pas mal réussi) mais essentiellement pour ce que cela va raconter.

En mode groupie initialement, j'ai été très touchée par ce qu'Alexandre Tharaud nous livre.

La vie d'un artiste, d'un soliste de haut niveau, qui vit et vibre au travers de la musique. Il ne semble pas courir après la reconnaissance, fuyant les cocktails mondains. Sa vie, c'est la scène, le public et tout son univers.

J'ai ri lorsqu'il décrit les différents tourneurs de pages qui l'accompagnent lors de ses représentations; j'ai encore ri lorsqu'il disserte sur les différentes façons des spectateurs de tousser en plein concert ou alors de déballer son papier de bonbon. Sans parler de sa façon de découper, scotcher ses partitions (un pianiste qui déroge au sacro-saint par coeur !!)

Sa vie, ce sont les avions, les hôtels, la découverte d'une nouvelle scène, d'un nouveau piano. Et ses amis, qui lui tournent le dos car il ne peut que rarement répondre présent aux invitations à dîner, comme si manger avec quelqu'un était la condition d'une réelle amitié. Ce pianiste est vraiment touchant.

Lorsqu'on pratique soi-même le piano (à un tout petit niveau...), c'est encore plus délectable à lire. Je ne suis donc pas la seule à être en difficulté pour "jouer" les fameux silences !!

J'espère un jour avoir la chance de le voir en concert pour écouter ses interprétations de Rachmaninov...

 

"Au piano, on peut aussi s'amuser à compter avant de jouer la première note, ou au cours d'un point d'orgue, un long silence, après le dernier accord, pour travailler la résonance, ce mystère qui suit la musique. Préparer un concert, c'est autant envisager le silence que le son. On néglige trop souvent les respirations. Les jeunes musiciens se déstabilisent face à leur propre silence, celui de l'auditoire, de l'écoute. Le regard muet les interroge. Encore une chose que le soliste doit réfléchir tout au long de sa vie, et travailler dans l'anticipation"

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